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Analyses scientifiques

Pourquoi le tableau est-il de Caravage ?

« […] Il est évident que toutes les plus importantes caractéristiques typiques de la technique picturale de Caravage sont présentes dans ce tableau ».  (Rossella Vodret)

Les analyses scientifiques ont montré une technique propre à Caravage, dont voici les points essentiels :

1. La toile: est analogue à celle qu’emploie l’artiste dans toutes ses toiles du premier séjour napolitain.

2. La préparation : le fond brun sombre utilisé sur notre tableau, dans lequel on retrouve de gros grains de carbonate de calcium, est celui utilisé par l’artiste après son séjour romain ; on le retrouve comme une constante à partir des années 1606-07 dans de nombreux tableaux comme par exemple le David et Goliath de la Galerie Borghese de Rome.

Sur ce détail de la main d'Holopherne, la préparation brune est laissée en réserve pour marquer les ombres, selon la technique a risparmio.

3. La manière de construire le tableau :

a. Les incisions 

Gravées dans la préparation plus ou moins fraîche, on les retrouve de forme assez longues jusqu’à la fin de la période romaine, puis plus courtes par la suite. Les incisions sont présentes dans notre tableau sur la main de Judith, sur son sourcil gauche, sur son front et à la naissance des cheveux.

Il en existe une un peu plus large le long du bras droit d’Holopherne.

b. Le cerne noir 

Il est très nettement visible sur la photo infrarouge. Partant du fond sombre, teinté dans la masse de la préparation et qui permet à l’artiste de ne pas être aveuglé par un fond blanc, Caravage construit sa composition en cernant ses figures à l’aide d’un large coup de pinceau noir. Cette technique qui semble propre à l’artiste se retrouve dans plusieurs de ses tableaux, dont le Couronnement d’Epines du Kunsthistoriches Museum de Vienne, mais aussi la Madone des Palefreniers de la Galerie Borghese ; on le retrouve également dans la Sainte Catherine d’Alexandrie de la collection Thyssen-Bornemisza à Madrid, récemment restaurée.

C’est à notre connaissance le seul artiste à construire ses tableaux de cette façon.

Réflectographie infrarouge, détail : Caravage a positionné Holopherne sur la toile à l'aide de larges coups de pinceau noir. 

En haut, réflectographie infrarouge du Couronnement d'épines (Vienne, Kunsthistoriches Museum) 

En bas, réflectographie infrarouge de la Sainte-Catherine d'Alexandrie (Madrid, musée Thyssen-Bornemisza) ; détail de la roue

On observe le même cerne noir qui montre la façon dont Caravage construit son tableau. 

c.  La technique a risparmio : l’utilisation de la technique a risparmio, mise au point par Caravage pour la chapelle Contarelli, permet à l’artiste de jouer du fond sombre comme d’une demi-teinte et de créer un «passage» entre deux volumes.

Plutôt que de peindre les ombres en surplus, il utilise le fond sombre laissé en réserve, évitant ainsi des ajouts de matière inutiles. Cette technique est utilisée par Caravage jusqu’à ses derniers tableaux et se fait même de plus en plus présente dans ses dernières années. 

Dans notre tableau, cette technique est utilisée dans l’ombre des yeux, du nez et du menton de Judith, dans la main, la barbe et la moustache d’Holopherne ainsi que dans un détail du turban de la vieille servante.

d.  Les repentirs : ils témoignent des hésitations et des changements de composition décidés par l’artiste au cours de la réalisation, et révèlent donc une création originale. Ils permettent d’écarter formellement l’hypothèse d’une copie.

Ils sont nombreux et visibles soit à l’oeil nu, soit aux rayons X. En voici quelques exemples : 

Sur la figure d’Holopherne :

L'index d'Holopherne a été raccourci

L'auriculaire a également été légèrement raccourci

La radiographie confirme les observations faites à l'oeil nu, mais montre également un ajustement du pouce, initialement plus grand et situé plus à droite dans la composition. Après ajustement, ce premier pouce est astucieusement réutilisé pour créer un éclat de lumière sur le pectoral droit du général. 

On note aussi un coup de pinceau entre le majeur et l'annulaire, trace d'un premier doigt par la suite déplacé. 

Figure d’Abra :

La ligne jaune qui paraît sous le drapé blanc montre deux phases successives dans l'exécution : l'artiste a d'abord peint le vêtement jaune de la servante puis est venu, dans un second temps, recouvrir celui-ci d'un drapé blanc.

On distingue sur la main gauche d'Abra des traits préparatoires de couleur rouge qui laissent penser que la main devait être représentée de manière légèrement différente (un de ces traits part par exemple de la première phalange de l'annulaire et rejoint l'auriculaire). 

La radiographie révèle qu'à l'origine les yeux d'Abra étaient plus largement ouverts, comme exorbités, tandis que le regard de la servante se fait plus rassurant dans sa composition actuelle. 

Figure de Judith :

Le changement de direction du regard : la réflectographie révèle qu'originellement Judith regardait le général agonisant, comme sur la toile de même sujet conservée au Palais Barberini de Rome. Ce n'est que dans un second temps que Caravage choisit d'orienter le regard de Judith vers le spectateur.

<< De ces éléments nous pouvons conclure que les figures de Judith et d’Holopherne ont été exécutées selon une technique qui présente tous les éléments les plus significatifs de la technique d’exécution de Caravage (le type de toile et de préparation, les incisions, les esquisses, le dessin, l’utilisation de la préparation a risparmio, les ombres, etc.). Il apparaitrait bizarre que de tels éléments se retrouvent tous rassemblés dans un tableau qui n’aurait pas été peint par le Caravage >>. (Rossella Vodret)

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