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Laurence BARON-CALLEGARI

Restauratrice du patrimoine pour le Musée du Louvre

Notice écrite par Laurence BARON-CALLEGARI

Lorsqu’il a été découvert, le tableau était enseveli sous plusieurs couches épaisses de vernis bruns. Des coulures d’eau avaient provoqué, à senestre, des chancis profonds donnant localement un aspect blanchâtre aux vernis.

Les films de vernis brun, en assombrissant les blancs et en réduisant la profondeur des noirs, atténuaient les contrastes et faisaient disparaitre les demi-teintes. La lecture du tableau en était profondément modifiée.

Dans un premier temps, il fut décidé de décrasser la couche picturale et de régénérer les vernis afin qu’ils retrouvent leur transparence.

La lecture, même si elle se trouvait améliorée, restait insuffisante.

En 2014, après de nombreuses concertations, il fut décidé de faire des essais d’allègement de vernis pour évaluer la faisabilité et l’opportunité d’effectuer un tel travail sur l’ensemble de l’œuvre.

Ces essais furent probants. L’intervention étant importante, nous avons procédé avec beaucoup de prudence à d’autres essais, suivis d’autres concertations pour décider finalement, en 2018, d’alléger modérément les vernis et de retirer des repeints sur l’ensemble de l’œuvre. Les vernis oxydés étaient très anciens (du XIXème sans doute) et probablement chargés d’huile.

Le résultat spectaculaire nous a conforté sur le bienfondé de cette décision. On a retrouvé la puissance des contrastes la virtuosité de l’écriture et, la subtilité des modelés. La transformation fut importante dans le visage de la servante Abra. Recouvertes de vernis brun, les rides apparaissaient raides et systématiques. L’allégement des vernis oxydés a permis de retrouver les demi-teintes qui adoucissent les contrastes. Les vernis sombres sédimentés dans l’anfractuosité de la matière modifiaient légèrement le dessin des rides, en les durcissant.

La restauration est un moment privilégié pour observer minutieusement la matière et sa mise en œuvre. Notre observation fut solidement étayée par l’imagerie et les analyses détaillées de M. Claudio Falcucci.

Les nombreux repentirs témoignent d’une composition mise au point et repensée pendant l’exécution. Ces repentirs sont si déterminants pour la composition qu’ils ne peuvent être dû à l’hésitation d’un copiste corrigeant une erreur de dessin. Les deux repentirs les plus marquants sont ceux du regard de Judith, qui dans une première version se tournait vers Holopherne et, que le peintre a modifié pour le diriger vers le spectateur le prenant comme témoin de la scène. La modification du positionnement de la main gauche d’Holopherne ne relève pas d’un simple ajustement de forme en cours de travail mais d’une modification délibérée de sa mise en place dans l’espace.

La technique d’exécution est très particulière. En divers endroits l’artiste laisse volontairement visible la préparation brune. Il s’en sert comme d’un ton local dans l’élaboration des modelés du drap blanc ou comme tonalité propre, par exemple dans l’ongle du pouce de la main droite d’Abra.

L’ombre du menton de Judith est indiquée grâce à une réserve laissant la préparation jouer de sa tonalité dans l’élaboration du modelé. Sur la préparation laissée en réserve une touche noire dessine le creux du menton sous la lèvre inférieure

En de nombreux endroits l’artiste souligne le modelé par une ligne sombre.

Il fut décidé que nous ne ferions pas la réintégration des petites lacune et usures. Nous avons seulement patiné les anciens mastics afin d’affaiblir l’impact de leur contraste.

La partie basse souffre de nombreuses pertes de matière provoquées probablement par un excès d’humidité dans la zone lors du dégât des eaux. Dans l’ensemble, on note de rares et petites lacunes, profondes et peu déterminantes. On note des usures superficielles dans les carnations.

La zone relativement la plus endommagée est celle du drap blanc. L’usure superficielle a localement fait disparaitre la douceur des passages entre les accents clairs et les ombres profondes. La jupe de Judith est légèrement usée. Aucune lacune ou usure ne nécessitera une interprétation formelle lors de la réintégration de ces altérations.

Le tableau est dans son ensemble en excellent état pour un tableau de cette époque.

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